La construction de l'avant-garde

Construire des cadres ce n'est pas construire l'avant-garde , de la même façon que construire l'avant-garde ce n'est pas construire le Parti (ou dans notre cas, reconstituer ). Nous devons préparer le militant communiste comme dirigeant révolutionnaire, en le formant dans le plus grand nombre champs de la connaissance et en le dotant de la conception prolétarienne du monde, outre cela il faut en faire un bon propagandiste de la ligne politique prolétarienne et des principes qui l'inspirent. C'est cela qui doit être notre activité principale en tant qu'organisation qui poursuit le développement de l'avant-garde marxiste-léniniste. Mais, bien que nécessaire, ceci n'est pas suffisant. Comme détachement d'avant-garde et, donc, comme point de référence nucléaire de l'avant-garde prolétarienne, l'organisation marxiste-léniniste doit assumer la responsabilité de ce développement dans la direction de la Reconstitution, et veiller toujours pour ne pas se dévier de ce chemin, en prévoyant ses besoins présents et à long terme, et en essayant toujours qu'ils soient couverts ou de préparer les conditions pour qu'ils soient satisfaits. Néanmoins, la capacité et la capacitation politique de l'organisation de l'avant-garde, aussi bien du point de vue individuel que du collectif, ne sont pas des ingrédients suffisants –bien que si la base nécessaire– pour donner du corps au processus de construction de cette avant-garde (théorique) capable de gagner à elle dans le futur les secteurs conscients du mouvement de masses (avant-garde pratique) comme pas préalable à la Reconstitution du Parti Communiste. Pour parler de construction de l'avant-garde, nous ne pouvons pas négliger le traitement de l'aspect secondaire de ce que nous avons défini comme la contradiction principale actuelle du processus de Reconstitution : le lien qui unit son coté principal, l'avant-garde marxiste léniniste, au reste de l'avant-garde théorique, la ligne de masses que celle-ci doit appliquer pour établir le système de relations organisationnelles et politiques avec celle-là au départ duquel entreprendre un processus dialectique ( unité et lutte ) qui permette de résoudre cette contradiction. Ce tel processus ne sera que le processus de construction de l'avant-garde proprement dit. C'est à dire un processus de construction où le résultat est une avant-garde située à un niveau plus élevé à sa forme de construction individuelle comme cadres ou addition de cadres, mais encore inférieure à la forme supérieure, sociale , la forme capable d'exprimer les intérêts et le mouvement de la classe dans son ensemble, le Parti.

Mais le processus de construction de l'avant-garde marxiste-léniniste est seulement l'aspect formel que présente la solution de la contradiction principale actuelle ; son contenu se manifeste comme processus de reconstitution idéologique du communisme , ou si on veut, comme lutte marxiste-léniniste pour la reconquête de la position d'avant-garde idéologique du prolétariat , qui sont deux modes différents d'exprimer le même phénomène nécessaire. Et c'est qu'il n'y a pas de véritable construction de l'avant-garde sans l'inter relation du marxisme-léninisme avec le reste des courants théoriques qui ont de l'influence sur le prolétariat, sans lutte de deux lignes entre elles et sans le processus de transformation en vertu duquel le marxisme-léninisme phagocyte ces courants, c'est à dire, il les détruit en les assimilant, il les dépasse en les incluant. En allemand, il existe un verbe qui exprime à la perfection le sens que nous voulons octroyer à cette action : aufheben , qui signifie, en même temps, élever, supprimer et conserver. Alors, les contradictions entre le marxisme-léninisme et les autres courants théoriques se résoudront successivement comme synthèse ( Aufhebung , ou pour le dire en langage marxiste, négation de la négation ) où le marxisme-léninisme s'enrichira en s'élevant , en même temps qu'il supprime ces courants en les déroutant politiquement et il conserve ce qu'ils ont pu apporter à la reconstitution idéologique du communisme. En réalisant ceci, le marxisme-léninisme se configure comme discours théorico-politique (reconstitution idéologique) et se constitue en mouvement d'avant-garde. C'est en cela que consiste sa lutte pour l'hégémonie entre les secteurs idéologiquement avancés du prolétariat. C'est au cours du déroulement de ce processus que le marxisme-léninisme prend corps et croît dans toutes les facettes (théorique, politique et organisationnelle)comme avant-garde idéologique, en fonction des besoins pratiques du propre mouvement d'avant-garde, besoins pratiques qui, en effet, ne sont que les besoins théoriques du prolétariat en tant que mouvement révolutionnaire. C'est au travers de la solution pratique des problèmes que la lutte de deux lignes impose au marxisme-léninisme au sein de l'avant-garde théorique du prolétariat qu'il conquérra la position d'interlocuteur qualifié face à son avant-garde pratique ; et c'est en conquérant ce qu'il y a de plus mûr entre les secteurs avancés influencés par cette avant-garde théorique que le marxisme-léninisme créera les conditions organisationnelles pour affronter la future conquête de cette avant-garde pratique dans tous et dans chacun des fronts qu'elle peut ouvrir dans sa lutte de résistance contre le capital. En résumé, la reconstitution idéologique et la construction de l'avant-garde sont des problèmes inséparables du point de vue du marxisme-léninisme : toutes deux sont liées indissolublement dans un processus dans lequel ils s'alimentent réciproquement.

De la même façon, on ne peut comprendre l'idée de reconstitution idéologique autrement que comme hégémonie idéologique du marxisme-léninisme au sein de l'avant-garde . La reconstitution idéologique n'est pas un processus exclusivement théorétique, il n'a pas pour objet résoudre des problèmes abstraits ou posés d'une façon académique en fonction des besoins supposés de la théorie marxiste-léniniste en tant que système théorique enfermé sur lui-même. Absolument pas. La reconstitution idéologique du marxisme-léninisme ne peut se réaliser qu'en relation avec la solution théorique et politique de problèmes concrets , des problèmes que la marche ou mise en marche du mouvement ouvrier en tant que mouvement révolutionnaire met à l'ordre du jour, en commençant par ces problèmes qui ont à voir avec la direction consciente de ce mouvement, et, en premier lieu, ceux relatifs à la nature de classe de cette conscience directrice. Et ces solutions ne pourront être ratifiées et assumées comme solutions en accord avec les conditions requises qu'exige l'avant-garde révolutionnaire si elles ne sont pas confrontées à d'autres solutions présentées aux mêmes problèmes par d'autres courants de pensée, et si dans cette confrontation, dans cette lutte, les réponses marxistes-léninistes n'en sortent pas victorieuses, ne résultent pas être les uniques réponses valables et satisfaisantes pour la majorité de l'avant-garde théorique. L'incorporation au discours théorique et politique de ces réponses successives, la délimitation idéologique qu'elles produiront par rapport à l'influence idéologique bourgeoise et le déplacement de ces autres courants politiques alternatifs essaieront simultanément l'hégémonie et la reconstitution idéologique du marxisme-léninisme.

La reconstitution idéologique doit être comprise comme un processus, et, en plus, comme un processus vivant. De fait, en premier lieu, sa nature présente un profil plutôt politique que purement théorique. En effet, en organisant le discours théorico-politique du marxisme-léninisme en fonction des problèmes concrets que présente le mouvement de la classe face à l'avant-garde révolutionnaire, sa construction discursive ne peut se présenter que comme ligne politique , étant donné les nécessités de l'action pratique comme première condition ; si bien la vocation universaliste du marxisme-léninisme en tant que Weltanschauung promouvra postérieurement l'articulation de tous ces éléments discursifs au sein de sa cosmovision unitaire du monde. La reconstitution idéologique du communisme, donc, ne consiste pas en la construction d'un système théorique quelconque –bien qu'à la longue, le développement du marxisme-léninisme en tant que théorie se cristallise comme système –, mais qu'elle s'exprime d'une forme réelle, vivante, en tant que direction du mouvement pratique de l'avant-garde (théorique) sur le chemin de la Reconstitution de la Révolution Prolétarienne. Il ne s'agit donc pas de couvrir les nécessités théoriques supposées de la théorie, mais les nécessités théoriques de la pratique, du mouvement pratique de construction de l'avant-garde idéologique. Pour cette raison, il existe un lien étroit entre reconstitution idéologique et hégémonie politique du marxisme - léninisme , parce qu'hégémonie veut dire direction, et celle-ci implique de l'autorité, du prestige, des qualités qui ne peuvent être que le fruit de la capacité pour offrir des réponses aux problèmes urgents dont la solution est la condition pour toute véritable théorie d'avant-garde. La reconstitution idéologique du communisme, donc, n'est pas un exercice académique, et pour cela même, c'est quelque chose qui ne se réalise pas de la théorie pour la théorie, c'est à dire en fonction de l'assemblage complet d'un corpus théorique supposé pré établi et qui demeurerait en tant qu'entéléchie théorique occulte qu'il serait nécessaire d'éveiller et de récupérer des limbes de la pensée pure. Au contraire, la reconstitution idéologique a lieu de la théorie pour la pratique , c'est à dire en fonction des intérêts concrets et réels du mouvement de Reconstitution politique, en fonction des problèmes réels que l'avant-garde nécessite résoudre pour donner de la continuité à ce mouvement et pour l'amplifier à sa base. Il ne s'agit donc pas de compléter un système théorique déterminé, ni de l'épurer de révisionnisme , mais de construire un mouvement pratique réel dont de ces bases, en tout cas, puisse être récupéré le corpus théorique monolithique et cohérent du marxisme-léninisme.

Actuellement, du point de vue de la contradiction principale qui régit le processus de Reconstitution, la ligne de masses que doit appliquer l'avant-garde marxiste-léniniste c'est le système de relations qu'elle doit établir avec le reste de l'avant-garde théorique avec comme but, résoudre les problèmes fondamentaux des deux premières phases de la Reconstitution (quand on établit les bases idéologiques et la ligne politique générale), d'un caractère éminemment théorique. Ceci est le contenu principal de notre travail de masses actuel. Ce système de relations, quant à lui, a deux facettes. D'un coté, la principale, sur laquelle nous avons déjà insisté suffisamment : le développement de la lutte de deux lignes avec les différents détachements de cette avant-garde théorique non marxiste-léniniste. Mais, d'un autre, les relations entre cette avant-garde et celle marxiste-léniniste peuvent s'établir, à un moment déterminé, comme alliance , comme unité avec un ou avec quelques-uns uns des secteurs de cette même avant-garde. Tout dépend de la position qu'occupe le marxisme-léninisme à chaque moment, de la nécessité de neutraliser ou d'isoler l'influence de certain courant déterminé, etc. Ce qui est important, c'est de ne pas oublier que la lutte pour les principes requerra aussi l'utilisation intelligente des recours tactiques.

L'objectif de notre travail de masses, l'avant-garde théorique, peut être représenté par une série de cercles concentriques qui s'éloignent du centre occupé par le noyau marxiste-léniniste en fonction de ce que sa relation avec les problèmes théoriques et les taches pratiques, politiques et organisationnelles, que pose la Thèse et le Plan de Reconstitution soit plus proche ou plus éloignée à chaque moment. Il s'agit de nous rapprocher d'une façon consécutive de ceux qui peuvent nous aider à résoudre ces problèmes et à culminer ces taches ; il s'agit naturellement de résoudre les taches politiques en nous appuyant sur les masses –comme c'est obligatoire dans toute conception correcte du style de travail communiste– ; mais il s'agit de problèmes très particuliers qui affectent à des masses elles aussi très spéciales  : l'avant-garde théorique du prolétariat. Donc, nous ne parlons pas des problèmes des grandes masses de la classe, ni des problèmes théoriques du mouvement ouvrier de résistance, mais de la résolution des prémisses théoriques et politiques nécessaires à la transformation de ce mouvement de résistance en mouvement révolutionnaire : la reconstitution idéologique et la Reconstitution politique (Parti communiste) du prolétariat, la première étant condition de la seconde. Le contenu de la ligne de masses doit conserver une unité avec le caractère des taches de l'étape politique où nous nous trouvons à chaque moment. Nous devons aller aux masses pour couvrir ces mêmes taches et, par conséquent, trouver le genre de masses qui nous intéresse en fonction de cet accomplissement. Jusqu'à maintenant, nous disions que nous, en tant que détachement de l'avant-garde idéologique, devions résoudre les problèmes théoriques et de principe d'une façon fondamentale –et presque sommaire– et que, dans le futur, les masses (en comprenant, les masses auxquelles se dirige déjà le Parti reconstitué) s'occuperaient des développements et des détails. Et bien, nous nous trompions dans le sens que nous avions besoin des masses pour accomplir les tâches même à leur niveau basique fondamental. C'est l'unique façon, évidemment, que l'activité de l'avant-garde marxiste-léniniste ne soit pas une activité isolée, sans aucune relation avec les besoins objectifs du mouvement révolutionnaire –configuré aujourd'hui en tant qu'avant-garde–, et l'unique façon pour que les fruits de cette activité servent véritablement de base pour la Reconstitution.

La nécessité de la reconstitution idéologique présuppose, évidemment, la perte de l'hégémonie idéologique dont le marxisme-léninisme a joui une fois, sa disparition comme référent politique important (bien que pas absolu, ni unique : le concept d' hégémonie doit être compris au sens relatif, surtout quand nous l'appliquons à l'histoire d'occident) pour les secteurs conscients du mouvement de masses (avant-garde pratique) ; présuppose donc, un processus historique de liquidation et un état politique de recul. Et c'est précisément, moyennant la révision des solutions que le communisme offrait aux problèmes, aussi bien des masses que de l'avant-garde, que sa position hégémonique dans le mouvement ouvrier fut liquidée peu á peu. Le révisionnisme, en général, et l'eurocommunisme, en particulier se sont chargés de mener à terme ce travail d'érosion des soubassements sur lesquels s'élevait le caractère révolutionnaire du mouvement prolétarien et le guide communiste de son avant-garde. Et d'un autre côté, le dogmatisme y a contribué en grande mesure, alors qu'il n'a pas révisé ces solutions, il les a tant absolutisées qu'il a fini par substituer l'analyse vivante et actualisée basée sur le marxisme-léninisme en tant que conception du monde par ces solutions concrètes données à un moment particulier comme recettes , ce qui a sclérosé la politique communiste et a facilité le travail du révisionnisme.

L'expérience de la première constitution politique d'un parti révolutionnaire du prolétariat, peut nous aider à comprendre la nature de ce processus de conquête de l'avant-garde théorique et de l'hégémonie dans la direction des masses de la part du marxisme-léninisme, puisqu'en Russie, à cheval entre les XIXe et XXe siècles, les marxistes ont dû résoudre des tâches politiques très semblables à celles qui nous sont posées maintenant bien que plus profondes dans notre cas, étant donné la crise actuelle du marxisme et les impératifs du changement de cycle de la Révolution Prolétarienne Mondiale. Ainsi, nous vérifions que la première lutte politique importante à laquelle ils ont dû faire face fut celle de résoudre, face à l'anarchisme populiste, le caractère de la révolution russe et l'idéologie qui devait guider les masses dans cette révolution. Entre la moitié de la décennie des années 80 et celles des années 90 du XIXe siècle, les marxistes ont su donner la réplique adéquate aux naródniki et ont laissé bien établi que la Russie semi-féodale devait passer par une étape capitaliste, déjà fleurissante qui engendrerait un prolétariat puissant, C'est pourquoi la révolution éminente devait être bourgeoise. De plus, l'instrument idéologique adéquat pour que l'avant-garde pût se guider et guider les masses dans ce processus révolutionnaire ne pouvait parvenir que de l'unique théorie scientifique, le marxisme. Dans les premières années du XXe siècle, le populisme, dérouté en tant qu'alternative politique révolutionnaire, se transformait en un parti éclectique bourgeois. Ensuite, les marxistes révolutionnaires durent affronter les dénommés marxistes légaux dans la dispute au sujet de quel devait être la véritable tâche de la théorie marxiste : si épauler politiquement l'implantation du capitalisme en Russie qu'elle anticipait, ou en tant qu'instrument politico-idéologique d'éducation révolutionnaire de la classe prolétarienne. Les marxistes révolutionnaires s'étaient alliés aux marxistes légaux contre le populisme, mais l'instrumentalisation de la pensée de Marx que ceux-ci voulaient mener à bien, à la faveur de la bourgeoisie (P. Struve, représentant détaché du marxisme légal , parvint à dire qu'on pouvait être marxiste sans être socialiste ) conduisit à la rupture inévitable. Le cercle d'avant-garde suivant que le marxisme russe dût affronter se trouvait dans le socialisme : les économistes . À cette occasion, il s'agissait de résoudre quels devaient être les moyens de lutte et d'organisation du prolétariat. Les économistes optaient pour la grève et le syndicat respectivement, tandis que les marxistes révolutionnaires ( iskristes ) misaient sur la lutte politique et la constitution d'un parti révolutionnaire. Les économistes furent déroutés dans la lutte de deux lignes à l'intérieur du parti social-démocrate de Russie, et le problème suivant auquel les marxistes révolutionnaires durent faire face (cette fois-ci en tant que bolcheviks ) fut celui de résoudre quelle serait la force motrice de la révolution russe. Tandis que les mencheviks voulaient laisser toute l'initiative à la bourgeoisie, Lénine et ses partisans insistaient sur ce que le prolétariat devait jouer un rôle dirigeant dans la révolution bourgeoise russe. Comme on le sait, dans cette lutte pour cette dernière voie révolutionnaire s'est couronné le chemin de la constitution du premier parti prolétarien de nouveau genre, qui couronna son chemin avec la Révolution d'Octobre et la première expérience de construction du socialisme.

Tous ces problèmes, posés dans un contexte de lutte féroce entre courants de pensée et alternatives politiques, furent ceux qui, résolues d'un mode révolutionnaire, ont rempli de contenu théorique et politique le processus de construction de l'avant-garde révolutionnaire du prolétariat russe. De la même façon, nous, dans nos circonstances historiques particulières, nous devons affronter un processus au caractère similaire, maintenant que nous avons à faire face aux tâches de construction de l'avant-garde marxiste-léniniste du prolétariat de l'État Espagnol. Naturellement, les questions qu'il sera nécessaire résoudre ne seront pas les mêmes, car ils sont en relation étroite avec les particularités propres à chaque révolution, ce qui inclus de nos jours aborder les exigences du changement de cycle révolutionnaire. Néanmoins, par l'expérience que nous traînons jusqu'à maintenant, nous pouvons observer à l'horizon des luttes politiques que les courants que devra affronter le marxisme-léninisme ressemblent par le contenu de leurs positions à ceux que durent combattre déjà les marxistes révolutionnaires russes. Certainement, les populistes, les marxistes légaux , les économistes et les mencheviks d'hier semblent se réincarner aujourd'hui en anarchistes, révisionnistes et trotskistes, qui sont les reflets politiques actuels où se manifestent d'une façon dominante la conscience spontanée des secteurs de l'avant-garde du prolétariat (avant-garde théorique, mais aussi, avant-garde pratique) principalement du prolétariat occidental. Si la communauté de racines philosophiques nous permet de comprendre immédiatement l'affinité entre le vieux populisme russe et l'anarchisme actuel, la familiarité entre le marxisme légal ou l'économisme et le révisionnisme moderne ne semble pas si évident, jusqu'au moment où nous comparons leurs thèses politiques à la faveur du réformisme. Dans le même sens, à première vue non plus, menchevisme et trotskisme ne semblent pas pouvoir être accouplés, jusqu'au moment où nous vérifions leurs mêmes fondements théoriques et leurs pratiques politiques (connivence avec le révisionnisme, électoralisme, construction partisane de type bourgeois, …). Dans l'attente que notre travail de masses nous permette de compléter ces expectatives –ou dans l'attente qu'il nous indique, au contraire, que celles-ci sont erronées–, nous pouvons avancer que les cercles de l'avant-garde théorique que nous allons affronter en première instance se trouvent fondamentalement –sans oublier, certainement, les maoïstes– dans l'orbite de ces courants politiques.

A propos des grandes interrogations que la lutte de deux lignes au sein de l'avant-garde théorique avec ces courants devra éclairer, elles devront naturellement être aussi formulées par cette même avant-garde. Ce qui n'exclue pas que nous, comme un de ses détachements, nous apportions ce que nous considérons déjà que sont ces interrogations incontournables, en incluant, si possible, leurs réponses. Dans n'importe quel cas, notre expérience nous permet, une fois de plus, d'anticiper que l'avant-garde devra résoudre quelle alternative il y a face au capitalisme (sa réforme, certaine forme de socialisme petit-bourgeois ou le communisme), ce qui est en relation étroite avec les résultats du bilan du Cycle d'Octobre, dans le sens de sa validité comme expérience historique qui montre un chemin de progrès pour l'humanité ; également, on devra résoudre la nature des instruments politiques indispensables pour faire réalité cette alternative (c'est pourquoi il est nécessaire de confronter notre Thèse de Reconstitution avec tous les autres points de vue, aussi bien syndicalistes que n'importe quels autres), ainsi que la nature des processus politiques pour l'atteindre (débats à propos de la stratégie et de la tactique de la révolution, à propos du caractère de classe du nouveau pouvoir –socialisme ou étape de transition– et à propos de la forme du nouvel État –République de conseils ou une nouvelle République bourgeoise), etc.

Mais, où trouverons-nous cette avant-garde qui nous aidera à résoudre tous ces problèmes et qui nous permettra de développer ce processus de construction de l'avant-garde ? Si nous sommes conséquents avec les prémisses d'où nous avons bâti notre analyse, surtout celle qui nous prévient sur l'inutilité de la recherche d'éléments d'avant-garde idéologique en dehors du prolétariat, nous devons établir que nous devons nous remettre à la classe prolétarienne. Néanmoins, ici nous devons introduire une précision pour orienter sur les erreurs que peut apporter avec elle la tendance spontanée et acritique, propres des mentalités politiques éduquées dans le syndicalisme, d'identifier à la classe avec le mouvement ouvrier, et surtout, à celui-ci avec le syndicat. En résumant, le syndicat est le front de résistance général du prolétariat, son mode le plus pur d'organisation pour sa lutte économique contre le capital ; mais il y a des secteurs du prolétariat qui ne s'encadrent pas dans ces luttes ou dans ces modes d'organisation et qui, néanmoins, ouvrent d'autres fronts de combat : étudiants, mouvements de voisins, associations de femmes, anti-globalisation, etc. sont aussi des formes de la lutte spontanée de la clase prolétarienne déterminées par des circonstances spécifiques. En tant que concept politique, donc, le mouvement ouvrier doit être compris comme l'addition du mouvement syndical et de tous ces autres mouvements partiels du prolétariat. Finalement, le prolétariat en tant que classe ne peut être identifié uniquement et exclusivement à sa manifestation économique, purement matérielle, mais aussi avec sa forme consciente. La classe ouvrière n'est pas seulement un mouvement économique, il contient aussi en son sein un mouvement révolutionnaire, c'est aussi, à travers de ses secteurs les plus conscients, un mouvement d'avant-garde en tant que porteuse du progrès social. La classe ouvrière est, donc, l'addition du mouvement ouvrier plus son mouvement d'avant-garde . Mais, pendant que le processus de Reconstitution ne culmine pas, ces deux formes principales du mouvement de la classe demeureront scindées, et la classe se montrera de façon prédominante de sa matérialité, en tant que mouvement économique, pas encore comme mouvement conscient, comme son mouvement révolutionnaire.

Alors, où se trouve cette avant-garde dont le marxisme-léninisme a besoin pour reconstituer l'idéologie communiste et construire l'avant-garde théorique dont nous avons besoin pour effectuer un saut qualitatif dans le processus de Reconstitution ? Quand nous disons que le mouvement prolétarien d'avant-garde et le mouvement ouvrier se trouvent scindés, divorcés, nous parlons en termes politiques , plutôt que physiques . Nous voulons dire que l'avant-garde ne parle pas le même langage politique que les masses, qu'elle n'a pas ses mêmes problèmes, ni ses mêmes inquiétudes (et ce sera ainsi pendant que dure la Reconstitution) ; et ceci se manifeste politiquement dans le sens que l'avant-garde s'organise à part et, même, organise des luttes en dehors du mouvement ouvrier (organisations d'appui à la révolution péruvienne, aux prisonniers politiques, plate-formes pour la République,…). Néanmoins, ceci n'est pas toujours ainsi. De fait, la forme la plus usuelle d'existence du mouvement d'avant-garde est en symbiose physique avec le mouvement ouvrier. C'est pourquoi, l'avant-garde marxiste-léniniste ne doit exclure aucun des milieux de la classe (syndicat, mouvement ouvrier ou mouvement d'avant-garde dans les différents détachements qui le composent) pour résoudre ses contradictions avec l'avant-garde théorique du prolétariat dans le but de transformer le mouvement d'avant-garde du prolétariat, maintenant fragmenté idéologiquement et organisationnellement, et fragmenté aussi en une multitude de projets politiques, en un mouvement homogène et avec l'unique direction de la Reconstitution.

C'est là où réside l'orientation générale pour notre travail de masses. Mais nous devons demeurer vigilants dans son application, dans le but d'éviter tomber dans cette tendance presque innée –que nous avons dénoncée jusqu'à la satiété, bien qu'à ce sujet on ne pèchera jamais par excès– vers l'économisme ou le syndicalisme, de détourner notre attention des tâches immédiates de l'avant-garde (théorique) et la fixer dans les besoins immédiats du mouvement ouvrier (ou, si on veut, de l'avant-garde pratique). Erreur que nous avons déjà commise, et sur laquelle nous avons déjà exposé notre autocritique. N'importe comment, si le critère d'emplacement de l'avant-garde théorique est flexible et ouvert, il n'arrive pas de même avec l'ordre que nous devons suivre pour son traitement. Dans ce sens, nous devons nous orienter par l'idée de l'avant-garde théorique organisée idéalement en cercles concentriques avec des problématiques politiques plus ou moins proches des nécessités du Plan de Reconstitution. À moins que la lutte de deux lignes finisse par faire passer devant concrètement des problèmes d'un autre genre, dans l'ordre du jour du processus de construction de l'avant-garde théorique du prolétariat, nous devons suivre rigoureusement l'ordre que nous impose le Plan dans son développement en donnant la priorité à la solution des contradictions avec ces secteurs de l'avant-garde théorique plus préoccupés pour les problèmes les plus proches à ceux dont nous nous occupons maintenant ou sur ceux dont nous avons déjà élaboré notre position politique (bilan du Cycle d'Octobre, Thèses de Reconstitution , etc.).

Bien que nous avons défini l'objectif de notre travail de masses comme l'avant-garde théorique du prolétariat, ceci ne veut pas dire que ce soit l'unique. Nous devons aussi contempler la façon de conduire notre relation avec l'avant-garde pratique et les masses en général , en premier lieu parce que, comme nous l'avons déjà dit, nous nous trouvons avec elles, précisément, lorsque nous irons à la recherche de cette avant-garde théorique.

Dans le graphique suivant nous offrons une représentation des deux formes de comprendre et d'appliquer la ligne de masses communiste dans la période actuelle, en comprenant, dans ce cas, la ligne de masses comme application aussi bien du travail de propagande comme du travail de masses proprement dit. Dans la Figure 1 , nous pouvons observer le concept de travail de masses que, dans les faits, nous appliquions jusqu'à maintenant, avant le rectification ; dans la Figure 2 , nous observons la façon dont nous devons l'appliquer à partir de maintenant.

 


 

Chaque cadre représente le prolétariat, et il est sous-divisé en secteurs qui le composent du point de vue de son degré de conscience de classe ou, si on veut, du point de vue du processus de reconstitution (avant-garde marxiste-léniniste, avant-garde théorique, avant-garde pratique et masses). Les flèches expriment la direction vers où s'applique notre ligne de masses et les expectatives que nous abritons en ce qui concerne ce dont nous attendons comme réponse , comme fruit de ce travail relatif aux contacts, recrutement, etc.: si la flèche est double, ceci signifie qu'il existe des expectatives de ce que ce travail rapporte des résultats concrets, que notre action sur un secteur déterminé de la classe ouvrière trouve une réponse positive dans son intérieur ; en revanche, si la flèche est unidirectionnelle, cela veut dire que sur ce secteur nous ne réaliserons qu'un travail de propagande, sans attendre aucune réciprocité politique.

La Fig. 1 montre, en premier lieu, que notre analyse ne prenait pas en compte la différenciation, à l'intérieur de l'avant-garde théorique, entre avant-garde marxiste-léniniste et le reste de l'avant-garde théorique (notre relation avec le reste de l'avant-garde théorique seulement était considérée seulement de la lutte de deux lignes, mais sans ligne de masses, exclusivement comme compétence idéologico-politique : il s'agissait de convaincre l'avant-garde pratique que notre ligne de direction était la plus correcte, que nous étions la véritable avant-garde théorique, sans plus), et que, en deuxième lieu, dans notre ligne de masses, nous maintenions les mêmes expectatives avec la propagande entre les masses qu'avec le travail entre l'avant-garde pratique. Ceci requérait notre présence aussi bien dans l'activité régulière d'organismes et de mouvements tels le syndicat, les plates-formes contre les guerres impérialistes et toutes les autres mobilisations ponctuelles ayant pour motif n'importe quelle agression commise par le capital à n'importe quel niveau, ou, du moins, l'absorption de notre travail pratique par ce genre d'activité. De plus, la captation de nouveaux membres était seulement possible en partant du travail de contacts individuels et ayant pour condition la formation idéologico-politique des nouveaux candidats. Dans la Fig. 2 , en revanche, nous observons qu'il y a déjà une hiérarchie établie dans l'application de la ligne de masses. En premier lieu, la relation entre l'avant-garde marxiste-léniniste et l'avant-garde théorique en tant que lien principal qu'il est nécessaire de résoudre en fonction des caractéristiques du moment du processus de Reconstitution où nous nous trouvons, lien qui doit donner des résultats politiques, dans le domaine de la théorie et de la ligne politique, et organisationnels dans le recrutement de nouveaux membres pour l'avant-garde marxiste-léniniste, et pas seulement à titre individuel en tant que contacts, mais aussi comme collectifs ou groupes. N'oublions pas le point de vue dialectique à ce sujet : la contradiction principale se résout comme lutte , mais aussi et en même temps, comme unité , comme alliance du marxisme léninisme avec l'avant-garde théorique du prolétariat pour construire son avant-garde idéologique.

En deuxième lieu, la relation de l'avant-garde marxiste-léniniste avec l'avant-garde pratique, qui doit aussi ouvrir un chemin aller retour, mais, dans ce cas, les expectatives politiques et organisationnelles devront être beaucoup moins exigeantes. Ceci est dû à ce que le lien entre l'avant-garde marxiste-léniniste et l'avant-garde pratique sera, dans l'immédiat, de façon prédominante individuelle , à réaliser à travers le contact personnel, et pas en fonction de problèmes objectifs concrets, mais d'inquiétudes subjectives et de problématiques spécifiques particulières . Ce qui obligera à ce que la conquête pour le communisme de ces éléments de l'avant-garde pratique se réalise non pas à partir de la lutte de deux lignes principalement, mais à partir de la formation idéologico-politique. Pendant ce temps, la relation entre l'avant-garde marxiste-léniniste et l'avant-garde théorique s'établira, pour sa part, en fonction des problèmes objectifs de la construction de l'avant-garde idéologique du prolétariat, et dans un domaine supra-individuel, entre collectifs , qui permettra l'application de la lutte de deux lignes dans le sens de la clarification théorico-politique et du développement organisationnel à plus grande échelle de l'avant-garde idéologique communiste. En dernier lieu, ces progrès entre les secteurs les plus conscients de la classe exerceront une certaine influence indirecte sur l'avant-garde pratique, vu qu'ils situeront face à elle de nouveaux référents théoriques, cette fois-ci réellement révolutionnaires. Il ne convient pas d'héberger trop d'expectatives sur sa réceptivité, le combat postérieur de l'avant-garde idéologique marxiste-léniniste pour la conquérir étant irremplaçable.

Finalement, la relation de l'avant-garde marxiste-léniniste ave les masses en général. Ici, nous pouvons seulement contempler l'activité de propagande réalisée sur ce secteur de la classe sans intention prosélytique à court terme, mais, plutôt, avec une intention à long terme de mettre les bases pour l'éducation politique des masses, de créer une opinion publique communiste entre certaines sphères de la classe pour qu'elles se familiarisent avec le discours et avec la forme d'envisager la réalité et ses problèmes du prolétariat révolutionnaire.

Jusque là, les résultats de notre réflexion auprès des tâches politiques sont exposés, la tactique et la ligne de masses pertinentes dans la phase actuelle de la politique prolétarienne, après une décennie d'expérience politique. Mais là ne finit pas notre bilan. Il est nécessaire aussi d'introduire une série de considérations, situées sur le plan théorique plus élevé, qui ont surgi obligatoirement en tant que dérivations naturelles et nécessaires de certaines des conclusions atteintes sur ce point ; surtout, en ce qui concerne celles qui sont le plus en relation avec le rôle et le caractère de la conscience prolétarienne .

Parti Communiste Révolutionnaire
État espagnol, 2004.